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LE GENRE ACAENA II.

 

 

Cet article est paru dans le bulletin SAJA  de 1969 Tome V - N° 71 - 18e Année

 

Abbé FRITSCH

II. - LES ESPÈCES NÉO-ZÉLANDAISES

Le manuel le plus récent de la Flore néo-zélandaise, élaboré par H.H. Allan (« Flora of New-Zealand », 1961, Wellington, N.Z., 1.086 pages), admet environ quinze bonnes espèces du genre ACAENA. On notera l'évolution de ce nombre depuis cent ans, quand en 1867 la Flore de J.D. Hooker n'en portait que cinq espèces ( « Handbook of the New-Zealand Flora », Londres, 1867).

Ce sont précisément les plus anciennes plantes découvertes, les plus banales, qui circulèrent en Europe dans les Jardins Botaniques et furent diffusées par les amateurs de rocailles. Un ouvrage comme celui de Georges Magne ( « Les plantes de Montagne dans les Jardins »), paru en 1902, ne connaît qu'une espèce d'Acaena, d'origine néo-zélandaise, cultivée en rocaille (Acaena microphylla). Celui du Comte Ernest Silva Tarouca ( « Unsere Freiland Stauden »), paru à Vienne en 1910, admet trois espèces de Nouvelle-Zélande sur les quatre citées, et les listes d'Henri Correvon ( « Les plantes des Montagnes et des Rochers », Genève 1914), qui présentent une belle série de quinze espèces, notent six plantes néo-zélandaises (Acaena buchanani, A. glauca, A. glabra, A. inermis, A. microphylla, A. novae-zelandiae) et une australienne (Acaena ovina).

Nous donnons ici la liste complète des espèces néo-zélandaises, dont nous choisirons quelques espèces méritantes des plus communément cultivées en Europe.

 1. Acaena adscendens Vahl.

 2. A. anserinifolia (Forst.) Druce (= A. sanguisorbae Vahl ; A. decumbens Menzies ; A. sarmentosa Carmich.) avec ses trois espèces affines : 

 3. A. caesiiglauca (Bitter) Bergmans (= A. sanguisorbae ssp caesiiglauca (Bitter) Bergmans 1939 ; = A. glauca Hort.

 4. A. pusilla (Bitter) Allan (= A. sanguisorbae ssp pusilla Bitter).

 5. A. viridior (Ckn) Allan comb. nov. (= A. sanguisorbae Vahl var. viridior Ckn)

 6. A. buchanani Hook. f.

 7. A. depressa T. Kirk

 8. A. fissistipula Bitter

 9. A. glabra J. Buch

 10. A. hirsutula Bitter

 11. A. huttoni R. Br.

 12. A. inermis Hook. f.

 13. A. microphylla Hook. f. 

 14. A. novae-zelandiae T. Kirk et sa variété pallida (T. Kirk) J.W. Dawson

 15. A. saccatipula Bitter

Acaena buchanani Hook. f.

Espèce endémique de l'Ile du Sud, cette plante fut découverte par Hector et Buchanan dans la région des lacs du district d'Otago, et nommée par Hooker fils dans sa Flore de Nouvelle-Zélande, en 1867; Elle n'est connue que de cette province, soit entre les latitudes 44 et 46 degrés, où elle habite en montagne les régions semi-arides à tendance steppique, les pelouses rases, les bords des torrents ou des lacs.

Léonard Cockayne la relève en 1958 ( « The vegetation of New-zealand », Londres, page 217) dans les parties les plus sèches des pelouses rases à Festuca novae-zelandiae et Poa caespitosa comme une espèce confinée à cette association ou extrèmement rare en dehors d'elle, avec, comme compagnes caractéristiques, les papilionacées Carmichaelia petriaei, C. curta, C. compacta, les thyméléacées Pimelea aridula, P. sericeo-villosa, etc. Ailleur, où les pentes sèches tendent vers une association d'allure steppique, le même auteur signale l'abondance de Raoulia apice-nigra et parfois de Raoulia australis, tandis que, plus à l'Ouest de cette région, on rencontre plus fréquemment les moelleux coussins d'argent de Raoulia parkii, mêlés aux tapis blancs-verdâtres, doux et soyeux, de Pimelea sericeo-villosa et à ceux , verts-glauques, d'Acaena buchananii. Ces régions sèches comme nos côteaux méditérranéens sont le domaine des moutons et des lapins, lesquels s'attaquent même à ces espèces thermophiles, dont certaines, comme Carmichaelia petriaei, en subissent un recul notoire (ouvrage cité, pages 364 et 396).

Acaena buchanani forme une espèce relativement rase, à rameaux courts prostrés au sol, épousant étroitement les pierres qu'ils recouvrent. Très proche d'aspect d'Acaena microphylla, il s'en distingue par son feuillage vert-bleuté très pâle, les jeunes tiges, pétioles et calices velus-soyeux, les quatre épines des fruits s'allongeant démesurément et passant du vert au jaune à maturité. Les fleurs groupées en glomérules sessiles sont quasi invisibles sous le tapis de feuilles, de même que les fruits hérissés.

C'est ici la couleur bleue du feuillage qui fait tout le charme de la plante. Associée au feuillage glauque des véroniques de son pays (Hebe amplexicaulis, Hebe carnosula, Hebe pinguifolia), et souloignée de quelques pierres de rocailles judicieusement implantées, elle permet d'obtenir un « jardin bleu » néo-zélandais d'un étrange effet de dépaysement.

 

Acaena glauca Hort.

Cette espèce, de son vrai nom Acaena caesiiglauca (Bitter) Bergmans, considérée par d'autres auteurs comme sous-espèce de l'Acaena sanguisorbae Vahl, ressemble beaucoup à l'espèce précédente (A. buchanani). Elle en diffère par ses feuilles nettement soyeuses, d'un gris-bleuté, et les quatre épines de ses fruits munis de barbes au lieu d'être lisses. Les fleurs en têtes globuleuses portent un calice à quatre angles, surmonté de soies pourpres. Les quatre pétales sont unis à leur base. On compte deux étamines. Le stigmate est large, plumeux, d'un blanc de neige très voyant.

La répartition géographique de l'espèce collective A. sanguisorbae est relativement dispersée autour de la Nouvelle-Zélande. On la trouve plus au Nord aux îles Kermadec, et plus au Sud dans les îles Auckland, Campbell et Macquarie. Elle se retrouve en direction de l'Ouest en Tasmanie et en Australie. En Nouvelle-Zélande elle habite les zones herbeuses basses ou élevées des îles Nord et Sud. Les aborigènes utilisent les feuilles en pharmacopée, et s'en servent également comme thé. Les têtes épineuses, appelées « burrs », sont refusées pae les bêtes, et les plantes elles-mêmes, infestantes, sont une plaie pour les champs.

L'Acaena glauca peut s'utiliser de la même manière que A. buchanani. Sa couleur glaucescente et son endurance dans les endroits les plus secs en permettent un emploi aisé dans les expositions chaudes et ensoleillées.

 

Acaena microphylla Hook. f.

Espèce à petites feuilles comme A. buchanani, surtout en altitude, l'Acaena microphylla possède un port prostré, très ramifié, à rameaux glabrescents. Les feuilles peuvent atteindre 5 cm de long, avec deux à six paires de folioles suborbiculaires, à dents crénelées ou aiïgues, de 6 à 7 mm. Les pédoncules floraux sont courts, non feuillus. Les glomérules sont relativement larges pour la taille des plantes. Le calice tétragone possède quatre épines divergentes, rougeâtres. Les sépales sont vert, unis à la base. On compte une ou deux étamines.

Endémique néo-zélandaise, la plante fut trouvée par Bidwill et Colenso dans l'île du Nord, près de Tongariro, avant 1867. Elle affectionne les pelouses et herbages dans le district du Plateau Volcanique. On la relève vers 750 mètres dans les Ruahine Mountains. Dans l'île du Sud Sinclair la note également vers 600 mètres à l' Ashburton Range. Hector et Buchanan l'ont relevé dans le district d'Otago.

 

Acaena novae zelandiae Kirk.

Espèce néo-zélandaise à feuillage franchement vert, voici une endémique liée aux deux grandes îles du Nord et du Sud, où on la trouve depuis les basses terres jusqu'aux pelouses montagnardes. C'est dans l'isthme d'Auckland que T. Kirk la découvrit et la nomma en 1871. 

La plante y entre dans plusieurs communautés au voisinage de la mer. En particulier sur les plages à galets, où le nombre d'espèces atteint et dépasse le chiffre de quatre-vingt-huit, l'Acaena novae-zelandiae figure parmi les plantes les plus communément répandues, à savoir Festuca littoralis, Salicornia australis, Mesembryanthemum australe, etc. Cette formation est commune tout le long des côtes, le substrat étant alimenté par les courants de la mer et indéfiniment accumulé. Les dunes marines possèdent également de larges représentations des espèces suivantes, sans pour autant qu'elles se trouvent partout :  Festuca littoralis, Scirpus nodosus, Phomium tenax, Muehlenbeckia complexa, Acaena novae-zelandiae, etc. Sur les rivages bordant au Nord le Détroit de Cook, lequel sépare les deux grandes îles néo-zélandaises, on relève dans les associations de débris rocheux, à végétation ouverte : Poa caespitosa, Muehlenbeckia complexa, Acaena novae-zelandiae, Epilobium novae-zelandiae, Aciphylla squarrosa (ombellifère), Calystegia soldanella, et plusieurs exotiques. Au large de ce détroit, dans les îles Chatham, d'autres plantes communes de ces mêmes groupements sont : Adiantum affine (dans les creux), Phormium tenax, Geranium traversii, Linum monogynum var. chatamicum, Acaena novae-zelandiae, Leucopogon parviflorus (Ericacée) et Senecio lautus (Cockayne, passim).

Vue de près, la plante présente une végétation forte, avec de long rameaux ligneux et racinés pouvant atteindre un mètre. Les feuilles mesurent de 5 à 10 cm ou plus; leurs pétioles velus-soyeux portent 11 à 15 folioles, atteignant 12 à 15 mm, elliptiques ou obovales, subsessiles, crénelées-dentées, d'un vert foncé vif en dessus, plus claires en dessous et poilues sur les nervures. Les pédoncules d'environ 10 cm portent ou non quelques bractées. Les glomérules de fruits atteignent, avec leurs épines de 3 à 5 cm de diamètre. Ces dernières, longues de 1 cm, sont d'un pourpre foncé. On compte deux étamines aux anthères blanches. Le stigmate est plumeux et voyant.

 

 acaenanovaezelandiaerosaceae

 

III. - LES ESPECES AUSTRALIENNES

La flore australienne, comme celle de Nouvelle-Zélande, ne fut inventoriée qu'assez tard sur une échelle complète. En 1864, Georges Bentham, dans son « Flora australiensis » (vol. II, p. 433), cite trois espèces pour le genre Acaena. Aujourd'hui on n'en compte guère que six ou sept, moitié moins qu'aux îles néo-zélandaises, auquelles on peut ajouter les deux ou trois propres à la Tasmanie.

C'est dans le Sud-Est australien qu'on trouve toutes ces espèces, dans les Etats de Nouvelle-Galles (Acaena agnipila Gandoger 1912, A. dumulosa Gandoger 1912), de Victoria (Acaena pennatula Gandoger 1913) et la Tasmanie, cette dernière possèdant l'endémique Acaena tasmanica Bitter.

Nous ne nous arrêterons que sur une seule espèce australienne, répandue un peu partout dans ces régions.

Acaena ovina A. Cunn.

Synonymes : A. behriana Schlecht; A. echinata Lehm.

Cette espèce en touffe érigée fut découverte par A. Cunningham dans le Queensland et la Nouvelle-Galles du Sud, où elle habite les pâturages plutôt humides de la région occidentale. On la connaît également de l'Etat de Victoria et de la Tasmanie.

La plante présente des rameaux ascendants ou même droits, feuillus, de 30 à 60 cm de haut, velus-soyeux. Les feuilles sont composées de folioles arrondies ou oblongues, de 7 à 12 cm de long, profondément incisées ou pinnatifides, glabres sur la face supérieure et velus-soyeuses en dessous. Les fleurs monoïques sont groupées en long épi espacé, plus dense vers le sommet. Le calice comprend normalement cinq sépales, rarement quatre, six ou sept. Dans les fleurs mâles, on compte de huit à dix étamines, dans les femelles ces organes se voient réduits à de minuscules staminodes, ou à un ou deux filets privés d'anthères. Les ovaires des fleurs femelles comprennent un ou rarement deux ovules. Le style est dilaté vers son extrémité et s'épanouit en frange unilatérale. Le fruit sec est ovoïde, glabrescent, couvert d'aiguillons à barbules irrégulièrement implantés et de dimensions variables (souvent deux ou trois plus allongés que les autres).

 

IV. UNE ESPECE CIRCUMPOLAIRE AUSTRALE

Acaena adscendens Vahl.

Cette espèce possède l'une des plus larges distributions du genre dans l'hémisphère austral. Elle se retrouve dans plusieurs îles sub-antarctiques piquées comme une couronne autour du continent polaire anglacé. Elle touche au continent sud-américain dans le détroit de Magellan, en compagnie de nombreuses autres espèces de genre. Dans les îles Falkland elle cohabite avec l'endémique Acaena lucida Vahl. Aux îles Kerguelen elle se retrouve seule de son genre. Aux îles Macquarie elle fut signalée par Fraser, puis par Bitter en 1911, mais il n'est pas certain qu'il s'agisse bien de cette espèce typique. Elle fut signalée de même en Nouvelle-Zélande (districts montagnards de l'île du Sud) par les anciens auteurs : Munro, Sinclair, Haast, Travers, Buchanan, Hooker fils.

La plante est une espèce traçante à feuillage pruineux, bleu vif, très étoffé. Les fleurs en glomérules globuleux apparaissent aux extrémités des rameaux. Elle se composent de calices à quatre angles, portant quatre épines jaunâtres à barbules. Les feuilles glabres la distinguent de l'espèce sanguisorbae qui les a nettement soyeuses. L'Acaena adscendens perd ses feuilles à l'approche de l'hiver, et subit alors un repos complet.

Aux îles Kerguelen, où la plante est la seule espèce de son genre et de sa famille (Rosacées), elle tient une place importante pour des raisons diverses. Dans la Grande Terre où l'introduction du lapin en 1874 a causé d'importantes modifications dans la Flore, l'Acaena est la seule plante qui ait pu résister par sa vigueur : en éliminant les autres plantes à feuillage persistant l'hiver, les rongeurs ont en même temps favorisé l'expansion de celle-ci. Des moutons furent introduits aux Kerguelen à plusieurs reprises, mais chaque essai d'élevage aboutit à un échec. Cependant, depuis 1952, deux troupeaux se maintiennent dans les îles Longue et Mussel de la Baie de Morbihan, auquelles les lapins n'ont pas accès. La nourriture à base d'Acaena, excellente herbe fourragère, leur est ainsi réservée. Laissés en liberté, leur nombre s'élevait à près de 700 en 1965. On les nourrit en hiver avec la même plante séchée en été. Leur viande est déclarée succulente. Des mouflons et des rennes sont également à l'essai, le foin d'Acaena étant toléré par tous ces animaux. Mais la Faune indigène est essentiellement faite d'oiseaux, aucun quadrupède n'existant dans l'île à l'état sauvage. Beaucoup de voiliers de mer nichant aux Kerguelen déposent leurs oeufs et les couvent dans un amas de brindilles d'Acaena, tels les Pétrels géants (Macronectes giganteus), les Mouettes dominicaines (Larus dominicanus), les Sternes (Sterna vittata et S. virgata), les grands Albatros blancs (Diomedea exulans). Algues et brindilles d'Acaena sont encore utilisées en mélange par les Mouettes et les Cormorans.

Dans les îles entourant la Grande Terre des Kerguelen, l'Acaena adscendens, laissée en libre concurrence avec les autres espèces, entre pratiquement dans la pluipart des groupements ou associations de plantes naturelles : les formations littorales, les terrains humides ou marécageux, les pierriers et même les escarpements rocheux comptent presque toujours, sur un choix parmi les vingt-huit plantes vasculaires de l'Archipel, l'Acaena adscendens. Là les tapis luxuriants de la plante hébergent en particulier d'innombrables Choux des Kerguelen (Pringlea antiscorbutica) qui dressent au-dessus d'eux leurs hampes fleurissant en toute quiétude. Hélas, cette vision australe sous des cieux trop sévères ne se laisse guère acclimater dans nos courtils raffinés : pour en jouir, l'amateur passioné doit franchir les Tropiques, et comme au Jardin des Hespérides, affronter la dure rigueur qui défend ces îles.

 

 

 

 

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