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LES PLEIONES

Cet article est paru dans le bulletin SAJA  de 1964 Tome III - N° 41 - 11e Année

 

Georges MOREL

Tous ceux d'entre vous qui, aux Floralies Internationales de Paris, ont visité l'admirable jardin en sous-bois organisé par la Grande-Bretagne, ont certainement été intrigués par quelques touffes de charmantes petites orchidées ressemblant à de minuscules Cattleyas, dont les fleurs sortaient du sol avant le feuillage comme celles des Crocus. Il s'agissait de Pleione ou "Indian Crocus", comme on les appelle encore en Angleterre. Peu de plantes ont si rapidement conquis la faveur des amateurs britanniques. A l'exposition organisée l'an dernier à Londres par l'Alpine Garden Society, à l'occasion de la deuxième Conférence des Jardins Alpins, presque chaque stand en présentait de fort belles potées.

                     Ce sont en effet des plantes alpines, mais des plantes alpines tropicales, originaires des hautes montagnes du Nord de l'Inde, de Birmanie, du Yunnan ou de Formose.

                     La plupart poussent dans des régions où la neige et le gel ne sont pas rares, mais elles réclament néanmoins un abri, serre froide ou châssis, pour se développer sous notre                              climat.

 CULTURE.

Ces plantes n'ont rien de commun avec nos orchidées indigènes; elles se rapprochent beaucoup plus des espèces tropicales, notamment des Coelogyne, originaires des mêmes régions. C'est ainsi qu'elles n'ont pas de tubercules ou de rhizome souterrain comme nos Orchis, Ophrys ou Epipactis, mais des pseudo-bulbes aériens comme la plupart des orchidées tropicales. Cependant, étant donné qu'elles se développent sous un climat relativement froid, ces pseudo-bulbes perdent leurs racines pendant l'hiver, ce qui leur permet de résister à des légères gelées. On peut alors les conserver à sec comme des tulipes ou des narcisses pour les remettre en végétation en février-mars, quand les boutons à fleurs commencent à se montrer.

 

LE COMPOST.

Comme toutes les orchidées exotiques, il leur faut un sol extrêmement poreux et riche en humus. Voici divers types de milieux qui nous ont donné de bons résultats.

On peut les cultiver dans un mélange analogue à celui que l'on emploie pour les orchidées épiphytes tropicales, en l'alourdissant un peu avec du sable et du terreau de feuilles, par exemple : 

Formule 1 : 

  • 1/3 de racines d'Osmonde,
  • 1/3 de sphagnum,
  • 1/3 de terreau de feuilles,

avec un peu de sable et de terreau de couche.

Formule 2 :

  • 1/3 d'Osmonde,
  • 1/3 de sphagnum,
  • 1/3 d'un mélange de sable et de terre de couche.

On peut encore utiliser un mélange nettement plus lourd, composé en parties égales de terreau de feuilles, de tourbe, de sable et de terre franche.

On enterre à moitié les pseudo-bulbes dans ce mélange et on peut ensuite surfacer avec un peu de sphagnum fin. Des terrines ou des pots à orchidées peu profonds conviennent très bien pour cette culture.

 

LE MILIEU : L'EAU, L'EXPOSITION.

Comme toutes les plantes hymalaïennes, les pléiones ont besoin de beaucoup de fraîcheur pendant leur période de végétation, du printemps à l'automne. La situation qui leur convient le mieux est une serre froide ou une bâche largement ventilée, dans laquelle on pose simplement les pots sur du gravier sans les enterrer. Elles apprécierons beaucoup l'ombrage léger fourni par des plantes grimpantes courant sur le faîtage de la serre ou d'un arbre abritant les châssis aux heures chaudes de la journée.

Un ou plusieurs bassinage journaliers, suivant la chaleur, sont nécessaires pendant cette période. A l'approche de l'hiver, quand les feuilles jaunissent, on modérera les arrosages, pour les arrêter complétement quand celles-ci seront tombées et ne les reprendre qu'au printemps quand les bourgeons se développent.

 

L'HIVERNAGE.

Bien que certaines espèces puissent supporter de légères gelées, il est absolument nécessaire, pendant les grands froids, de les abriter de manière à ce que la température ne descende pas au-dessous de zéro. Cela est d'autant plus facile qu'elles sont alors au repos complet. On peut même au besoin les rentrer pendant les froids dans une pièce non chauffée.

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Bien qu'une quinzaine d'espèces aient été décrites, on n'en rencontre que huit ou dix en culture à l'heure actuelle. Je ne décrirai que celles que je connais personnellement.

PRINCIPALES ESPÈCES.

 

 PLEIONE FORMOSANA.

 C'est de loin l'espèce la plus florifère, la plus vigoureuse et la plus facile à cultiver (fig. 1). C'est également celle qui a les fleurs les plus grandes. Elle est par contre extrêmement variable, au  point que certaines formes en avaient été autrefois séparées sous le nom de P. pricei et que les horticulteurs anglais avaient nommé plusieurs variétés très distinctes les unes des autres. Découverte et introduite, dès le début du siècle, des montagnes du Formose où elle pousse vers 1500-2000 m, elle avait pratiquement disparu des cultures et n'a été réintroduite qu'il y a quelques années.

Les pseudo-bulbes vert foncé,plus ou moins teintés de marron ou de violet, sont tantôt aplatis comme un bulbe de crocus, tantôt en forme de poire plus ou moins allongée. Ce sont les plus gros de tous : ils peuvent atteindre 5 cm de diamètre. Sur ces pseudo-bulbes apparaissent latéralement et à la base, pendant l'hiver, deux bourgeons opposés qui donnent naissance aux fleurs et au nouveau pseudo-bulbe feuillé qui grossira pendant tout l'été, tandis que l'ancien se vide et se décompose.

Les tiges à fleurs, que l'on reconnaît très tôt, car les bourgeons quiles produisent sont plus gros et plus obtus, entourés de deux ou trois bractées engainantes, et atteingnent une dizaine de cm; ils portent de une à trois fleurs relativement énormes, puisqu'elles ont de 6 à 12 cm de diamètre. Elles ressemblent à de petits cattleyas, avec leurs sépales rose violacé, ou mauve plus ou moins foncé et leurs pétales plus ou étroits souvent plus pâles. Le labelle très gros, fimbrié, porte deux à six crêtes longitudinales de couleur très pâle; il est irrégulièrement tacheté de macules jaunes, abricot, ou même brunes.

Après floraison, les bourgeons végétatifs forment un nouveau pseudo-bulbe qui grossit lentement, couronné de deux à trois feuilles ovales de 15 à 20 cm de long. Parfois de petits bulbes allongés naissent au sommet de l'ancien et peuvent servir à multiplier la plante.

Les horticulteurs anglais ont nommé plusieurs variétés : 

 - 'Blush of Dawn', la plus volumineuse; gros pseudo-bulbes légèrement aplatis, très grandes fleurs très pâles.

 - 'Polar Sun', analogue à la précédente, mais blanc pur; c'est une très belle plante.

 - 'Serenity', à pseudo-bulbes très plats et colorés.

 - 'Oriental splendour' et 'Oriental grace', qui constituaient autrefois l'ancien P. pricei, à pseudo-bulbes plus allongés, plus petits, à fleurs plus petites aussi mais plus colorées.

Toutes ces espèces viennent d'une région où la température descend rarement au-dessous de 8 à 10° C et ne dépasse pas 25° C, mais où il tombe chaque année entre 2 à 3 mm d'eau.

 

PLEIONE HOOKERIANA.

C'est la plus petite des espèces que je connaisse. C'est aussi l'une des plus difficile à faire fleurir : il semble qu'elle ait besoin pour cela de plus de soleil que les autres. C'est la vue d'une planche de la Lindenia où elle est démesurément grossie qui m'a donné l'envis de cultiver ces plantes.

P. hookeriana a été découverte il y a plus de cent ans dans le Sikkim entre 2500 et 3000 m d'altitude. Elle est facile à distinguer de toutes les autres, car c'est la seule espèce qui sproduise ses feuilles en même temps que ses fleurs. Les pseudo-bulbes ont au maximum 2,5 cm de diamètre et sont bruns et ovoïdes. Les fleurs, généralement solitaires, atteignent 5 cm de diamètre au maximum; elles sont d'un rose violacé souvent très vif; le labelle fimbrié est nettement divisé en deux lèvres jaunâtre à la base et tacheté, comme dans toutes les espèces, de brun violacé.

PLEIONE HUMILIS.

Elle possède des pseudo-bulbes en forme d'olives vert foncé très caractéristiques. Les fleurs sont très pâles : blanc teinté de rose lilas, portées sur des pédoncules extrèmement courts, si bien qu'on a l'impression qu'elles s'épanouissent au ras du sol. On reconnaît facilement cette espèce à son labelle très spécial : extrèmement fimbrié, il est traversé par six veines longitudinales et entièrement couvert de fines macules brun violacé. J'ai personnellement quelques difficultés à obtenir une bonne floraison certaines années : la plupart des fleurs, pour une raison que j'ignore, brunissent et sèchent juste avant de s'épanouir. Cette plante, comme la précédente, pousse dans le Nord de l'Inde : Népal, Sikkim, Boutan, vers 2500 m d'altitude, dans la mousse, à la base des tronc d'arbres.

PLEIONE MACULATA.

Cette espèce a besoin d'un peu plus de chaleur que les précédentes. Elle est en effet originaire des régions plus basses du Sikkim et de l'Assam; : 1000 à 1500 m seulement, et ne supporte pas du tout le gel.

Contrairement aux espèces que nous venons d'examiner et qui toutes, sont à floraison printanière, celle-ci s'épanouit en automne. Plusieurs mois avant la végétation, les pseudo-bulbes sont souvent curieusement renflés et déprimés; ils ont la forme d'une bonbonne dont on aurait enfoncé le goulot. Pétales et sépales sont entièrement blanc, tandis que le labelle, traversé de cinq à sept veines longitudinales recouvertes de petites crêtes, est richement tacheté de jaune et de rouge violacé.

PLEIONE LIMPRICHTII.

J'ai très peu de renseignements sur l'origine de cette espèce que l'on dit provenir de Ceylan. Elle ressemble à P. formosana en plus petit et plus coloré. Ses pseudo-bulbes sont plus allongés, irréguliers, presque anguleux. La fleur, rose vif, a les pétales assez fins, moins aigus que ceux que P. formosana. Le labelle très grand, enroulé en forme d'un cylindre, est rose vif uniforme à l'extérieur; ses bors sont très fimbriés et l'intérieur, plus clair, est couvert de larges macules irrégulières rouge brun qui vont en s'amenuisant vers le fond de la gorge. Il porte également plusieurs veines longitudinales surmontées de crêtes blanchâtres; la fleur tient plusieurs semaines.

P. limprichtii est aussi rustique et vigoureuse que P. formosana et s'accroît rapidement par bulbilles. C'est une des meilleures espèces.

PLEIONE POGONIOIDES.

Bien que découverte en Chine en 1881 et introduite en 1914, c'est toujours une plante rare car elle n'a jamais été importée en grande quantités. Comme elle se développe vers 1000 m d'altitude dans le Sud de la Chine, il est peu probable qu'elle soit entièrement rustique; elle prospère en tout cas en serre froide; c'est une espèce des plus brillantes du genre.

La fleur, à segments très légers, est rose vif; le labelle, fimbrié, plus foncé, porte deux crêtes jaunes et de nombreuses macules rouge violacé. Les pseudo-bulbes assez petits, vert foncé et allongés, ressemblent à ceux de P. limprichtii; comme ceux de cette dernière espèce et de P. formosana, ils produisent de nombreusesbulbilles qui apparaissent au printemps sur la cicatrice des anciennes feuilles. 

PLEIONE PRÆCOX.

Comme P. maculata, P. præcox est une espèce à floraison automnale. Les fleurs apparaissent souvent avant la chute des feuilles. Ses pseudo-bulbes sont très caractéristiques; irréguliers, presque anguleux avec une forte dépression centrale, ils sont entièrement couverts de veines et de ponctuations rouge violacé, ainsi que les premières bractées qui entourent les feuilles, si bien qu'il est facile de reconnaître cette plante même quand elle n'est pas fleurie.

Les fleurs sont grandes : 8 à 9 cm, d'un rose très vif, surtout dans la variété Wallichiana, le labelle fimbrié porte, comme dans toutes les espèces, de longues veines longitudinales surmontées de crêtes saillantes colorées en jaune et blanc. On la trouve jusqu'à près de 3000 m d'altitude dans la région de Darjeeling, sur les monts Khasia.

PLEIONE YUNNANENSIS.

Il s'agit là d'une espèce rara, originaire du Yunnan comme son nom l'indique. Le pseudo-bulbe aplati est assez gros, anguleux, lisse et de couleur vert foncé. La fleur, assez grande, est rose violacé; le labelle un peu plus pâle porte des taches irrégulières violet foncé. C'est l'une des Peione les plus colorées que je connaisse.

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Parmi les autres espèces, que je n'ai jamais cultivées, je citerai simplement P. lageneria, souvent figurée dans les ouvrages horticoles. On en trouve une bonne photo dans le livre de CURTIS : "Orchids". Ses pseudo-bulbes sont très curieux, car ils ont la forme d'une bouteille qui aurait une large protubérance circulaire à mi-chemin entre la base et le sommet. Les fleurs en sont rose très pâle et le labelle presque blanc porte de larges macules rouge foncé.

P. reichenbachia, je crois bien, n'existe plus en culture.

Enfin, le grand explorateur anglais, G. Forrest, a découvert, au cours de ses derniers voyages dans la Chine, au Tali, au Yunnan, deux espèces nouvelles : P. scopulorum et P. forestii, remarquable par ses fleurs orange vif, teinte inusuelle, qui doit la rapprocher de P. schilleriana, décrite comme ayant les pétales et sépales jaunes et le labelle orange.

Pour terminer, je signalerai que la plupart de ces espèces semblent se croiser très facilement entre elles. J'ai élevé un hybride de P. formosana X limprichtii, qui est intermédiaire comme forme et teinte entre ses parents, mais qui est d'une floribondité extraordinaire : de petits pseudo-bulbes de quatre ans à peine gros de 1 cm, portent déjà des fleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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